Tout est encore possible à 80 ans !
Jeanne Reclus a obtenu il y a quelques jours son permis de conduire à presque 80 ans. Une aventure longue de plus de deux ans mais achevée avec succès.
Jeanne Reclus, au volant de sa voiture à boite automatique. ( Photo TM )
Durant les deux prochaines années, si vous croisez une voiture avec un autocollant “A“ sur la vitre arrière, dites-vous que ce n’est peut-être pas un jeune adulte. Car il se pourrait bien que Jeanne Reclus, 80 ans, soit au volant. La Tauriacaise est en effet une jeune conductrice. Déjà parce qu’elle ne se sent « pas vieillir », mais surtout car elle a obtenu le permis B en boite automatique ce mercredi 5 juin, quelques jours avant de fêter ses 80 ans. La fin d’un parcours de presque trois ans avant d’obtenir le précieux sésame. Ce n’est que récemment qu’elle décide de passer son permis, surtout par nécessité.
Jeanne Reclus est née le 11 juin 1944 à Galgon. Elle déménage régulièrement durant sa jeunesse en fonction des différents lieux de travail de son père agriculteur. Elle s’installe finalement avec sa famille à Tauriac vers l’âge de 14 ans. À cette période, elle décroche son certificat d’étude, qu’elle conserve précieusement dans sa chambre. Elle l’a d’ailleurs obtenu le 4 jui 1958 – pour rappel, elle a eu son permis un 5 juin… -, comme quoi « le mois de juin lui réussit », sourit sa fille, Sandie. Mais ne poursuit pas ses études. Elle aimait pourtant la scolarité, mais « à l’époque, les parents n’avaient pas les moyens de nous envoyer à l’école ». Elle effectue des petits boulots, notamment dans « une usine de bouchons à Bourg ». Puis, à 18 ans, elle intègre l’usine Caltex à Ambès en tant que serveuse. Elle s’y rend en bateau, à vélo puis plus tard en bus. Elle y reste durant cinq années avant la naissance de son premier enfant, en 1967. Elle ne retravaillera plus pour se consacrer à l’éducation de ses trois enfants.
« Je me suis sentie capable »
La vie passe, sans qu’elle ne ressente le besoin de passer son permis. « J’étais plus jeune à l’époque, ça passait bien, explique-t-elle. J’aurais pu le passer plus tôt, mais ça ne me manquait pas de conduire. Puis la vie passe, et on ne se rend pas compte du temps qui s’écoule. Mais c’est au moment de la retraite que je me suis dit qu’il fallait qu’on ait tous les deux le permis avec mon mari ». Une envie d’autant plus pressante que son mari a subi un accident il y a cinq ans. Il se retrouve « diminué » physiquement et lui propose de se lancer enfin dans l’aventure du permis de conduire. « Je me suis sentie capable », admet-elle.
Jeanne Reclus passe alors son code à Blaye. Lors des entrainements organisés par l’auto-école, elle se retrouve entourée de jeunes, certains n’étant même pas adultes. « C’était déstabilisant, je me sentais un peu diminuée d’être avec des jeunes », avoue-t-elle. Inscrite en septembre 2021, elle obtient le Code de la route en janvier 2022 au bout de la troisième tentative. Une première étape de franchie, mais le plus dur reste à faire. Elle commence ses heures de conduites en mars 2022, le début d’une longue série. Au total, elle réalise plus de 50 leçons en l’espace d’un an, sans avoir eu l’occasion de se présenter à l’examen. « On me rajoutait toujours des heures, donc j’ai arrêté parce que mon mari ne pouvait plus m’amener ». Elle quitte cette auto-école en janvier 2023 et s’inscrit à Saint-André-de-Cubzac deux mois plus tard.
Cinq tentatives en un an
Elle passe une première fois l’examen pratique en milieu d’année 2023. Sans succès. Elle retente le coup, encore et encore, avec le même résultat. « À chaque fois, on me disait que je n’étais pas loin de l’avoir ». Pendant ce temps-là, Jeanne Reclus continue de prendre des leçons. C’est bientôt autant d’heures passées derrière le volant que dans son ancienne auto-école, mais sans parvenir à valider l’examen. Alors forcément, le désespoir s’installe peu à peu. « Au quatrième essai, je me suis dit : “j’arrête, je dépense mon argent pour rien“ ». Mais l’auto-école et sa famille la convainquent de retenter sa chance, en espérant que cette fois-ci soit la bonne.
C’est alors que Florian Gouraud, un jeune moniteur arrivé récemment dans l’auto-école, décide de prendre en charge les heures de conduite de la Tauriacaise. « Son niveau de conduite m’a surpris, reconnait-il. Elle était calme et avait un bon niveau ». Elle se sent immédiatement « libérée » et davantage en confiance, un élément essentiel pour une conduite de qualité optimale. « J’ai juste essayé de la mettre la plus à l’aise possible parce qu’elle avait vraiment un bon niveau ». Après seulement quelques heures avec ce nouveau moniteur, elle se présente pour la cinquième fois à l’examen, accompagnée de ce dernier pour représenter l’école. Le parcours s’effectue le mercredi matin, dans les rues de Blaye, et se déroule bien. À l’issue de l’épreuve, l’appréhension et le stress étaient encore présents, avec la peur d’échouer une nouvelle fois. Mais elle apprend presque immédiatement qu’elle obtient enfin son permis. La cinquième est la bonne. « Je suis ravie et soulagée. Ça a été difficile, mais j’ai réussi et c’est le principal ». Elle a d’ailleurs passé son permis en même temps qu’une jeune fille de 17 ans*, offrant un contraste surprenant mais montrant que, finalement, il n’y a peut-être pas d’âge pour passer le permis.
Une « belle histoire »
Mais n’allez pas croire que Jeanne Reclus roule de manière inconsciente. La prudence est son maître-mot. Chaque panneau ou signalisation obtient son attention. « En deux ans de conduite, j’ai jamais mis mon mari dans le fossé ou renversé quelqu’un. Je suis consciente quand j’arrive sur un passage piétons et je suis capable de mes réflexes. Je ne me sens pas vieillir, j’ai toute ma tête. Et puis je me déplace juste pour faire mes courses à Bourg ». Elle serait même favorable à « une visite pour contrôler les yeux, le mental etc. » des personnes âgées. L’actualité malheureuse des accidents de la route ne fait que confirmer son avis.
Preuve d’une grande humilité, ce sont ses enfants qui tenait à faire partager cette « belle histoire ». Même si, elle le reconnait, « ce n’est pas commun de passer son permis à 80 ans ». « On est fiers d’elle, raconte Sandie Reclus. Quand on parle de cette histoire aux gens, on nous dit qu’elle a eu du courage de passer son permis à cet âge-là. Elle est méritante ».
En attendant, Jeanne Reclus se sent parfaitement bien, avec quelques années de moins dans la tête. « Je ne prends pas de médicaments. J’ai encore de l’énergie et je suis en bonne santé », juge-t-elle. Jeanne Reclus prend du plaisir à conduire la voiture automatique achetée il y a trois ans, et s’apprête à découvrir une nouvelle vie. Celle d’une jeune conductrice de 80 ans !
Téo Munch
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