« Ça permet de rencontrer de nouvelles personnes » : Des permanences hebdomadaires au soutien de la communauté LGBT à Agen

« Ça permet de rencontrer de nouvelles personnes » : Des permanences hebdomadaires au soutien de la communauté LGBT à Agen

Tous les mardis de 17 h 30 à 19 h 30, l’association Fiertés 47 organise des permanences pour profiter d’un moment convivial où règne le respect de chacun.

Ce soir-là, la bonne humeur était bien présente chez la dizaine de participants. Photo – Téo Munch

 

Pour atteindre le deuxième étage de l’immeuble installé au 6 rue Chaudordy d’Agen, il faut monter un bel escalier orné de guirlandes aux couleurs de l’arc-en-ciel. Cet indice annonce l’ambiance chaleureuse qui règne tous les mardis soir dans les locaux de La Mèche, Le Refuge du Lot-et-Garonne et Fiertés 47.

De 17 h 30 à 19 h 30, cette dernière association, qui lutte contre les discriminations liées aux identités de genre et à l’orientation sexuelle, organise une fois par semaine des permanences. Elles ont été lancées en octobre pour créer un lieu intime, où chacun peut s’exprimer et se faire entendre. « Au lancement de l’association Fiertés 47, on essayait de faire des petits événements une à deux fois par mois. Mais on s’est rendu compte que ce n’était pas suffisant parce que certaines personnes n’étaient pas disponibles à ces moments-là. Et en général ce sont des moments festifs, et il n’y a pas spécialement d’échanges », reconnaît Frédéric Poussin, membre du conseil d’administration de Fiertés 47.

Pas de programmation fixe

Alors que ces moments ne réunissaient que six personnes les premières fois, ils sont désormais entre dix et vingt à se retrouver chaque semaine autour d’une table remplie de gâteaux et de boissons. L’occasion de passer un moment convivial et de se découvrir un peu plus. « Ça nous permet aussi de rencontrer de nouvelles personnes qui souhaitent adhérer à l’association, présenter ses valeurs et ses actions », énumère Aude Beaurepaire, coprésidente de Fiertés 47.

Ce soir-là, aucun programme n’a été fixé. Peu importe, le principal est de passer un bon moment « festif et convivial », comme indiqué sur un vaste tableau blanc. On y retrouve d’ailleurs les principales règles à suivre : « écouter avec bienveillance, ne pas tenir de propos discriminatoire, prendre en considération toutes les personnes présentes et respecter les uns et les autres ». Une ligne qui devrait, normalement, être la base d’une vie en société. « Le « normalement » est très important », souffle un participant dont le chien, prénommé Perceval, a largement animé la soirée.

Jeux et discussions à thème

« Un espace de discussion sert aussi à ne pas se sentir obligé de faire son coming out. Et si les personnes ont envie de le faire, on l’accueille tout autant. Souvent on fait des tours de table, donc ça permet à certaines personnes de se questionner sur leur identité », souligne Aude Beaurepaire. Cela peut prendre la forme de jeux, notamment en questionnant chacun sur son film préféré, « ce qui arrive souvent », ou encore les personnalités LGBTQIA + marquantes de chacun, si tant est qu’il y en ait.

Ces instants de discussion permettent également d’évoquer les projets et de proposer d’éventuelles idées. Par exemple, l’association prévoit de mettre en place à partir du 25 mars des journées à thème en commençant par celui « de l’ombre à la lumière ». Les représentants expliqueront notamment la signification des couleurs des drapeaux, mais aussi l’historique des revendications de la communauté LGBT, la naissance de ce mouvement ou encore les principales figures. « Quand on est seul et qu’on n’a pas spécialement connaissance de l’histoire des luttes ou même cette idée de lutter, c’est un espace où on va acquérir une certaine culture », constate Frédéric Poussin.

 

Des témoignages forts

Certains peuvent être plus bavards que d’autres. Cela tombe bien, aucune obligation n’est imposée. Les échanges permettent de nourrir les expériences de chacun. « Avec différentes générations, on n’a pas le même vocabulaire ou le même vécu », rappelle Frédéric Poussin. Ces moments permettent également de raconter des histoires marquantes, comme celle de Jean Massa, originaire de Côte-d’Ivoire et arrivé en France en juillet 2024. « En tant que gay, je suis venu fréquenter cette communauté en France pour voir comment ça se passe ici. Chez nous, on n’a pas cette liberté-là de manifester, ça n’existe pas. Actuellement, on n’a pas les bons gouvernements en Côte-d’Ivoire pour nous défendre. Il n’y a aucune loi qui nous aide là-bas. Les personnes LGBT ne sont pas bien vues dans la société, et c’est très difficile de vivre caché. On a peur des représailles. Je suis issu d’une famille religieuse et conservatrice, donc ils n’acceptent pas. J’ai été victime de discriminations. Donc j’ai tout laissé au pays pour venir chercher refuge ici où il y a plus de libertés pour vivre de sa sexualité. Par exemple, c’est la première fois que je vois une marche des fiertés », raconte-t-il. En effet, l’homosexualité est dépénalisée en Côte-d’Ivoire, mais aucune protection n’est apportée aux personnes membres de la communauté LGBT. Tous les participants autour de la table l’ont remercié pour ce témoignage poignant.

Téo Munch

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