« La première année c’est dormir, manger, travailler » : Les études de santé, entre passion et inquiétudes
Depuis 2019, les étudiants ont la possibilité d’effectuer une préparation à la première année de médecine à Agen. La difficulté et la durée de ce parcours n’empêchent pas de nouer de réelles vocations chez les jeunes lot-et-garonnais.
Dans l’amphithéâtre 400, ils sont plus d’une cinquantaine de lycéens à se poser des questions et attendre des réponses. Le campus du Pin de l’Université de Bordeaux organisait cette semaine une soirée « Ambition santé ». Une rencontre durant laquelle quelques-uns des 70 étudiants en première année de santé à Agen ont pu faire part de leur expérience en Parcours accès spécifique santé (Pass) ou Licence accès santé (Las). Le rythme de travail, entre autres, a évidemment été évoqué. « La première année de santé, c’est dormir, manger, travailler », remarque Gaël Tabarly, chef de projet sur le campus d’Agen pour l’Université de Bordeaux.
Une année difficile
Les études en filière médicale, reconnues pour être longues et intensives, peuvent en décourager plus d’un. Dans un sondage réalisé en avril 2024 par la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) pour franceinfo, 43 % des élèves de Pass-Las ressentent un stress intense plusieurs fois par jour, pendant que 42 % déclarent avoir envie d’arrêter en cours d’année. Ce sentiment se serait aggravé suite à une réforme en 2020, divisant la Première année commune aux études de santé (Paces) en deux voies d’accès Pass et Las.
Certains étudiants appréhendent de se lancer dans le grand bain. Marwa, lycéenne en classe de Première générale avec en option des matières scientifiques (physique-chimie, SVT et mathématiques), hésite à s’engager dans cette voie en raison du niveau d’exigence imposé. « Ça m’a toujours intéressé mais plus le temps avance, plus je me demande si c’est vraiment ce que je veux faire plus tard. Les spécialités sont déjà assez compliquées. Je veux être sûr de vraiment vouloir faire ça parce que le niveau est très élevé. Il y a le concours, le stress, le fait de ne plus avoir de vie… »
« Je ne me vois pas faire autre chose »
Cette inquiétude se fait davantage ressentir par rapport aux études que le métier en lui-même, malgré une dénonciation croissante des professionnels du secteur vis-à-vis de leurs conditions de travail. Pourtant, cette problématique semble occuper peu de place dans la réflexion des lycéens qui souhaitent s’orienter vers ce domaine, avec la passion comme maître-mot. « J’ai envie de faire ce métier parce que j’ai envie d’aider grâce à la médecine. Les études longues, ça ne me gêne pas », affirme Lenny, élève de terminale technologique en série STL et fils d’agriculteur.
Même son de cloche du côté de Manon, en première générale options physique-chimie, SVT et espagnol : « J’aime apprendre des choses sur le corps humain et pouvoir aider les gens tout en comprenant ce qui se passe à l’intérieur. Ce sont des études longues, donc certains ont un peu peur et moi aussi, ça me freine un peu. Mais si on a envie de le faire, on n’a pas la même vision sur le métier. Je ne me vois pas faire autre chose et je sais que travailler tout le temps, ça me correspond. Il faut essayer ».
Un service « Bienvenue Docteur ! » pour soutenir les étudiants
Ce dispositif a été lancé par le Conseil départemental de Lot-et-Garonne pour lutter contre la désertification médicale. Il soutient également les étudiants dès le lycée pour sensibiliser les jeunes aux études de santé et, à l’avenir, les accompagner à s’installer sur le territoire. L’objectif est d’encourager les vocations médicales avant l’entrée en études supérieures, alors que les Lot-et-Garonnais ne représentent que 10 % parmi les élèves en médecine de deuxième année. « Il y a un enjeu de recrutement car les étudiants agenais ont tendance à s’autocensurer et à déconsidérer les formations d’Agen alors que ce sont les mêmes qu’à Bordeaux. On veut répondre à ces idées reçues et montrer qu’ici, on a aussi la capacité de se former dans des conditions aussi bonnes qu’à Bordeaux », insiste Gaël Tabarly.
Téo Munch
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