Saskia de Rothschild, au nom du père
L’héritière, aujourd’hui à la tête du Château Lafite-Rothschild et de neuf autres propriétés, accorde peu d’importance à son statut. Elle préfère des combats plus personnels et collectifs.
Saskia de Rothschild, au World Impact Summit de Bordeaux le 7 février. ( Crédit photo : Salomé Di Stefano )
La ‘’star’’ politique des réseaux sociaux Raphaël Glucksmann attire les foules et les caméras. Tout le monde attend la venue de l’ex-secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, le soir même. L’ancien président François Hollande est également à l’agenda du lendemain. Dans un petit espace du World Impact Summit de Bordeaux, loin des grandes scènes et des lumières réservées aux têtes d’affiche, se faufile une personnalité discrète, sans prétention. Sur l’affiche, le nom « Rothschild ». Forcément, ça impressionne. Moins que la personne de Saskia de Rothschild. Du moins d’apparence. Dans la rue, elle passerait pour une simple inconnue. On l’appellerait Saskia plutôt que ‘’Mme de Rothschild’’.
Pourtant, l’héritière d’une des familles les plus riches du monde n’est pas à l’aise avec ce nom. Chaque question sur cette thématique la perturbe, voire la gêne. C’est pourquoi elle a décidé de se lancer dans un double diplôme d’HEC Paris, loin de Pauillac et du luxueux domaine familial : « je voulais avoir mon propre chemin ». Preuve de cet éloignement jugé important, elle change de nom de famille durant ses études dans la viticulture, prenant celui de sa mère, une peintre italienne de renommée évidemment moindre. Elle ne voulait « pas arriver avec une étiquette sur la tête ». Ayant par la suite effectué une brève carrière de journaliste, elle estime aujourd’hui avoir des « regrets » de cette carrière courte, abandonnée face au « devoir de revenir travailler pour (sa) famille ».
« Il y a des milliers de métiers que j’aurais aimé faire »
Selon elle, sans pression. « Je me la mets moi-même. Je suis une personne exigeante, éternellement insatisfaite ». Une femme ambitieuse, qui préfère avoir une vision à long terme que des résultats immédiats. Contre l’avis de certains membres de la famille (et oui, encore elle), Saskia de Rothschild préconise par exemple d’utiliser des produits bio au sein du Château Lafite-Rothschild, qu’elle dirige depuis 2018 après avoir remplacé son père. Des ambitions qui ont cependant entaché certains rêves avec un léger goût d’inachevé. « On imagine toujours les multiples vies qu’on aurait pu avoir. J’aurais voulu être chercheur, docteur du cerveau, sage-femme, … Il y a des milliers de métiers que j’aurais aimé faire ».
Elles lui ont surtout permis de s’affirmer dans le monde professionnel. La question de l’égalité entre les hommes et les femmes a une place aussi importante à ses yeux que l’écologie, au centre du management de ses propriétés viticoles. « Les femmes ont besoin d’être experte pour se sentir légitime à parler d’un sujet », notamment dans le monde du vin « qui peut paraître technique et difficile à comprendre ». Mais Saskia de Rothschild a trouvé sa place. Une place où elle prend du plaisir, loin des lumières du grand public, tout en conservant ses ambitions et ses rêves. Ceux d’un monde plus égalitaire. D’après la signification de son prénom, elle serait « active, déterminée et dotée d’un courage remarquable ». Difficile d’en douter.
Téo Munch
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