Les associations au défi de l’inflation
Dans une période où les prix du secteur de l’alimentation s’envolent, de nombreuses associations, à l’image du « Pain de l’amitié », font face à des difficultés matérielles, financières et logistiques.
Au milieu de la cour, le camion déchargé est prêt à repartir afin de s’approvisionner pour la troisième fois de la journée. ( Gaspard Gagnou )
L’allée sépare un « territoire militaire » et l’église Saint-Nicolas. Il n’y a qu’une centaine de mètres à parcourir entre le portail rouge, ouvert depuis 10 h, et une petite cour, où plus de deux-cents personnes viennent quotidiennement se ravitailler auprès de l’association « Le pain de l’amitié », basée dans la rue St Nicolas de Bordeaux. Devant l’épicerie sociale, une dizaine de bénéficiaires attendent sur les bancs en attendant leur tour, pour passer le temps aussi. Les rires et discussions sont cachés par les coups réguliers de marteau, qu’un bénévole utilise pour réparer un chariot. « T’as qu’à le casser » lui lance un collègue.
Ils sont au nombre de vingt-huit chaque jour sur le site. Un effectif insuffisant, en raison de l’augmentation des demandes. « On voit des femmes et des hommes qu’on ne voyait pas avant » remarque Benjamin Leveque, directeur de l’association. Selon lui, de nombreux facteurs expliquent cette nouvelle affluence, à commencer par la crise liée au COVID-19. Le restaurant sert aujourd’hui un maximum de deux-cent cinquante repas quotidiens, quand seulement quatre-vingts bénéficiaires s’y nourrissaient chaque jour avant la pandémie. Cette limite ne permet pas d’accueillir toutes les demandes. « C’est difficile de refuser une mère avec sa fille de deux ans. Ça fait mal au cœur » regrette-t-il.
La guerre en Ukraine et l’inflation, qui touche de nombreux secteurs – y compris celui de l’alimentation –, n’arrangent pas la situation. « C’est de plus en plus compliqué. Les approvisionnements doivent s’intensifier et les denrées se raréfient ». L’association a donc mis en place depuis 2020 une limitation de deux ans, au bout de laquelle les bénéficiaires ne peuvent plus se nourrir. Cette difficulté s’ajoute à celle liée à la diminution des dons. En 2022, d’après un sondage d’Odoxa rapporté par Les Échos, les Français ont donné en moyenne sept euros de moins qu’en 2021.
Un camion arrive au centre de la cour vers 12 h 45, pour la deuxième fois de la journée. Une demi-heure et une dizaine de bénévoles sont nécessaires pour le vider et approvisionner l’épicerie. Il doit repartir en début d’après-midi, faire le tour des écoles afin de récupérer les plats non-utilisés. Ainsi se déroulera la journée de demain.
Téo Munch
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