Préfecture d’Agen, marché de Rungis, port de Bordeaux… Une année d’actions des syndicats agricoles
Plusieurs opérations ont été menées en 2024 par des représentants du monde agricole, dans le Lot-et-Garonne mais aussi un peu partout en France.
Serge Bousquet-Cassagne et la CR47 ont mené de nombreuses actions cette année. DDM – VALENTIN VIE
Le feu devant la préfecture d’Agen
L’année commence fort pour la Coordination rurale 47. Dès le matin du 24 janvier pour leur troisième jour de mobilisation, les syndicalistes intensifient leur pression sur la préfecture, menaçant de défoncer les grilles. Des actions sont menées tout au long de la journée : blocages de plusieurs ronds-points, jet d’une botte de foin dans un McDonald’s… Sans réponses satisfaisantes de la part du ministère de l’Agriculture et du préfet, ils mettent feu aux pneus et déchets placés devant le bâtiment de la place Armand-Fallières. La façade et la cour sont également aspergées par les manifestants. « Depuis 1992, on n’a pas eu une aussi grosse mobilisation dans le Lot-et-Garonne. On est déterminés, on ne lâchera rien. Et s’il faut aller à Paris, on montera à la capitale pour tout bloquer et tout brûler », lance José Perez, coprésident de la CR47.
Le convoi de la colère en direction de Paris
Les membres de la CR47 partent le lundi 29 janvier d’Agen direction Paris. C’est le début d’un périple de 800 kilomètres vers la capitale à 40 km/h de moyenne. Le convoi comporte pas moins de 30 tracteurs, 50 véhicules et un camion ravitailleur. Il passe d’abord par le nord du département puis récupère un groupe important de manifestants venus du Marmandais vers Bergerac, augmentant le nombre de tracteurs à 150. Les agriculteurs font face à de nombreux blocages de la part des forces de l’ordre, mais bénéficient d’un large soutien au bord des routes. Après 48 heures, une soixantaine de tracteurs réussissent enfin à entrer en Île-de-France. Le 2 février, le convoi quitte la capitale en direction de Limoges avant de rejoindre le Lot-et-Garonne, où ils sont acclamés par près de 300 personnes.
Tentative de blocage du marché de Rungis
Le mercredi 31 janvier en début d’après-midi, le Premier ministre Gabriel Attal reçoit à Matignon les leaders de la CR 47 Karine Duc et Serge Bousquet-Cassagne pendant plus de deux heures. Plus tard dans la journée, ces derniers et quelques manifestants se présentent aux portes du marché international de Rungis, entourés par de nombreux CRS. Après une brève incursion, la coprésidente de la Coordination rurale est interpellée par les forces de l’ordre à 18 h 45, quelques heures après avoir rencontré le Premier ministre à Matignon. Le président de la Chambre d’Agriculture du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne, et plus de 70 manifestants sont également arrêtés. Karine Duc sort de garde à vue le lendemain après une nuit au commissariat de Maison-Alfort, dans le Val-de-Marne.
Action au port de Bordeaux sous la pluie
Mercredi 20 novembre, un convoi de tracteurs de la CR47 part d’Agen pour se rendre à Bordeaux. L’objectif est de bloquer le port de commerce à Bassens, l’un des plus gros de France où transitent six millions de tonnes de marchandises chaque année. Les agriculteurs arrivent sous la pluie et font face pendant deux jours à des conditions météorologiques dantesques, notamment à cause de la tempête Caetano qui touche la Gironde à partir du 21 novembre. Seuls les véhicules et les barnums leur servent d’abris, dormant avec des températures avoisinant 0 °C. « Vous croyez que ça nous amuse d’aller bloquer dans la pluie et le froid ? Vous croyez qu’on ne serait pas mieux dans nos fermes, avec nos familles ? Mais on doit le faire sinon on est mort », répètent nombre d’entre eux. Après les déclarations de Michel Barnier qui vont dans leur sens, ils décident de rebrousser chemin.
Échange manqué avec Arnaud Rousseau
Dans le même temps, Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, se rend à Agen le 22 novembre pour le Congrès national des producteurs de légumes. Les membres de la CR47 s’installent au rond-point Saint-Jacques dès 8 heures, où ils remplacent le drapeau de l’Union européenne par celui de la Coordination rurale. Après avoir été bloqués par un véhicule antiémeute, ils se dirigent ensuite vers l’entrée d’Agen Angora. Ils se retrouvent face aux forces de l’ordre, déployées le long des grilles du bâtiment. Les coprésidents du syndicat Karine Duc et José Pérez demandent une rencontre avec Arnaud Rousseau. Une invitation refusée par l’intéressé, qui quitte le congrès peu avant 13 heures sous escorte des policiers et les huées des manifestants. Malgré les tentatives de blocage, Arnaud Rousseau parvient donc à s’exfiltrer par une voie de livraison de l’Intermarché oubliée par la CR47.
La permanence d’Hélène Laporte murée
Après la motion de censure du gouvernement de Michel Barnier votée à l’Assemblée nationale le 4 décembre, certains agriculteurs craignent que leurs dernières revendications ne soient pas retenues. Dans la soirée du 9 au 10 décembre, des membres de la FDSEA 47 et les Jeunes Agriculteurs 47 murent la permanence parlementaire à Tonneins d’Hélène Laporte, députée RN de la 2e circonscription du Lot-et-Garonne ayant voté la censure. Les inscriptions « Merci pour la censure » ou encore « Ne venez plus nous parler d’agriculture » sont visibles sur les parpaings, aux côtés de sucres d’orge, de rennes en bois et de cadeaux de Noël. L’élue s’est expliquée sur X en estimant que les syndicalistes « se trompent d’adversaire » et que la censure « n’aura aucun impact sur l’agriculture française ».
Action de la CR 47 à un péage de Toulouse
La CR 47 et son co-président José Perez se rendent le matin du 11 décembre sur l’autoroute A62 pour tenter de bloquer un péage au nord de la ville. Cette action vise à contrôler des camions de marchandises. 150 membres des forces de l’ordre sont déjà sur place quand les premiers agriculteurs arrivent sur place aux alentours de 6 heures. Ces derniers sont empêchés par les CRS de mener à bien leur opération, et de violents affrontements éclatent. Finalement, ils seront autorisés à contrôler un camion venu d’Espagne. Mais José Perez est rapidement interpellé après avoir balancé de la marchandise au sol. La CR 47 quitte le péage en milieu de matinée, avant une action coup de poing au supermarché d’Auchan de Toulouse.
Téo Munch
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