Jean-Pierre Astugue, combattant dans l’âme
Le champion du monde et triple champion de France de paratriathlon portera la flamme olympique à Libourne ce 23 mai. Retour sur la carrière d’une des figures du handisport français.
Jean-Pierre Astugue a remporté plusieurs médailles. ( Photo Archives Haute Gironde )
Il sera ému le 23 mai lorsqu’il aura l’honneur de porter la flamme en Gironde. Il le fera pour la Caisse d’épargne qui a sélectionné des sociétaires ou personnes engagées dans le sport pour assurer, le temps de quelques instants, le relai de la flamme dans le département.
Jean-Pierre Astugue commence sa carrière comme tous les jeunes de son âge. Il pratique le rugby au Racing Club Cubzaguais dont il est l’un des fondateurs en 1977. Il est même sélectionné en équipe de France scolaire de rugby au poste de troisième-ligne aile. Mais un accident de la route à seulement 20 ans, en 1979, va changer sa vie à jamais. L’os de sa clavicule cassée va sectionner les nerfs de la moelle épinière. Son bras gauche est paralysé, il ne peut plus rejouer au rugby.
Premier triathlon en 1993
Mais Jean-Pierre Astugue n’abandonne pas. « J’ai eu envie de me battre, car l’essentiel de la vie était encore là, racontait-il au journal « Haute Gironde » en 2017. Cela ne servait à rien de pleurer tous les jours sur mon sort. Après, il y a évidemment eu des moments difficiles où le moral était moins bon, mais globalement, je me suis vite reconstruit ». La première étape a été de se détacher du regard des autres, et surtout s’y habituer. Motivé par un besoin de « vengeance » face à ce sort « injuste », il décide de continuer le sport avec un courage remarquable. Il s’entraîne d’abord sur des distances relativement courtes avant de parcourir 28 km lors d’une course Saint-André-de-Cubzac/Blaye en 1982, seulement trois ans après son accident. Celui-ci avait pourtant nécessité une rééducation importante, mais le voilà entré dans une nouvelle vie.
Il participe notamment au Paris-Dakar de course à pied par équipe en 1987 et 1990. En 1992, il est présélectionné pour les Jeux Olympiques de Barcelone en paracyclisme, mais n’est finalement “que“ remplaçant, comme il le racontait à « Calidéo » (ndlr, la chaîne YouTube de la communauté d’agglomération de Libourne) en mars 2023. Puis il pense au triathlon, une discipline réunissant la course à pied, le vélo et la natation. Cette dernière semble difficile à pratiquer. Mais rien n’est impossible pour Jean-Pierre Astugue. Il réalise son premier paratriathlon en 1993 à Lacanau. À ce moment-là, il n’imaginait sûrement pas être champion du monde de la discipline. Il ne songeait même pas à en faire une carrière de haut niveau. Et pourtant… Trois ans plus tard, il triomphe aux championnats du monde de Cleveland en 1996. À la fin de sa carrière, il comptera si médailles mondiales de paratriathlon, une médaille européenne ainsi que trois titres de champion de France.
« On peut être heureux en étant en situation de handicap »
Un modèle de réussite dont il espère inspirer les personnes atteintes de handicap. « Sur la médiatisation et sur l’acceptation du handicap en général, il y a eu un bond en avant. Mais les mentalités ont du mal à changer. Il faut comprendre qu’on peut être en étant en situation de handicap, qu’on peut réussir, qu’on peut être fier de soi. Je fais partie des personnes dont le handicap n’est pas très visible, et c’est le cas de 80 % des personnes. Il faut pouvoir s’identifier à ces gens-là ».
Un pionnier du paratriathlon
Il est l’un des pionniers du paratriathlon français et mondial. Il a notamment participé, avec son ami Dominique Benassi, à la démocratisation de cette discipline, et avait également contribué à l’intégration du paratriathlon dans le programme des Jeux Paralympiques de Rio 2016.
Son histoire olympique continuera donc jeudi 23 mai à Libourne, une ville qui lui est chère et où il participera au relais de la flamme olympique. Il a été sélectionné à sa grande surprise, puisque d’anciens collègues de la Caisse d’épargne ont cité son nom au moment de choisir des porteurs de flamme. « C’est l’aboutissement de toute une carrière. Ça sera une grosse émotion. Un moment magique ». Comme un récompense pour sa remarquable carrière, son apport inconditionnel au paratriathlon et au handisport.
Voir sur le site « Haute Gironde » : Saint-André-de-Cubzac. Jean-Pierre Astugue, combattant dans l’âme et porteur de la flamme olympique (hautegironde.fr)
Téo Munch
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