Qui pour remplacer Macron ?
Depuis les élections législatives, les trois principaux blocs politiques mènent une course pour la présidentielle de 2027, avec plus ou moins d’incertitudes.
Marine Le Pen et Emmanuel Macron le 21 juin 2022. (Photo AFP/Ludovic Marin )
Suite à la large victoire du Rassemblement National aux dernières élections européennes, tous les partis se sont lancés dans une véritable course vers 2027. Dès l’annonce de la dissolution par Emmanuel Macron le soir du 9 juin, des alliances et des stratégies se sont rapidement mises en place avec des visions à court, moyen ou long terme : regroupement des partis de gauche autour du NFP, rapprochement d’Éric Ciotti – président des Républicains – avec le RN… Mais toujours avec un même désir de prudence.
Il faut dire que personne n’avait envie de prendre tous les risques avant l’élection présidentielle de 2027. Dès la campagne des législatives, Jordan Bardella, président du Rassemblement National et fraîchement réélu député européen, ne s’était dit senti capable d’aller à Matignon qu’avec une majorité absolue. Le camp présidentiel, victime d’une baisse constante de popularité depuis sept ans, ne pouvait ambitionner que conserver un maximum de représentants à l’Assemblée nationale, déjà sûr de perdre la majorité relative acquise en 2022. Du côté du Nouveau Front Populaire, outre les cadors de La France Insoumise (Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot ou encore Manuel Bompart), les candidats évoqués (Huguette Bello et Laurence Tubiana notamment, jusqu’à l’accord commun autour de Lucie Castets) montraient qu’aucune des principales têtes de cette coalition ne voulait se brûler les ailes.
À gauche et au centre, le grand flou
Tous sont donc déjà tournés vers 2027, avec plus ou moins de certitudes. À gauche, l’équation est d’autant plus complexe que les partis sont nombreux. Pour l’instant, aucune autre solution n’est envisagée que l’union. Nicolas Thierry, député écologiste de la 2e circonscription de la Gironde, voyait en François Ruffin un candidat crédible à la présidentielle, estimant qu’ « au-delà du talent qu’il a, il fait partie de ceux qui ont envie de s’y coller ». Mais sa rupture avec Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise compromettent cette hypothèse. Le constat se fait plus autour du leader de LFI : « le seul capable d’aller au deuxième tour de la présidentielle aujourd’hui à gauche, c’est Jean-Luc Mélenchon. Mais c’est aussi celui qui a le moins de chances de gagner le second tour ».
Pour Renaissance, l’horizon est tout aussi trouble. Parmi les possibles candidats, le premier (et pour l’instant le seul) à s’être officiellement lancé est l’ancien premier ministre Edouard Philippe (2017-2020) après avoir annoncé sa candidature le 3 septembre. En interne, d’autres figures du “macronisme“ songent à l’idée de se présenter, à l’image de Gabriel Attal et Gérald Darmanin. Mais rien ne dit qu’ils se présenteront sous les couleurs d’Emmanuel Macron. Alors que l’ex premier ministre peinait lors des législatives à cacher son désaccord avec la dissolution, l’ancien ministre de l’Intérieur a lancé le 29 septembre un mouvement nommé “Populaires“. Même s’il ne s’agit selon lui que d’un « lieu de réflexion », certains y voient un chemin vers 2027. Cela montre en tout cas une distance prise chez Renaissance avec l’image de Macron et de sa politique. « On ne peut pas être satisfait du président qui a été réélu en 2022 », déclare même Adrien Debever, maire de Lacanau et délégué départemental du MoDem Gironde, parti de François Bayrou et soutien de la majorité présidentielle depuis 2017.
Marine Le Pen comme évidence pour le RN
Au Rassemblement National, la ligne à suivre est bien plus claire. Marine Le Pen semble être la candidate numéro 1 du parti, elle qui s’est hissée au deuxième tour lors des deux dernières élections présidentielles. Malgré le procès visant 27 membres du RN dont Jean-Marie Le Pen et sa fille pour des détournements de plusieurs millions d’euros de fonds européens présumés, personne à l’extrême droite ne voit la présidente du groupe RN à l’Assemblée Nationale subir une peine d’inéligibilité. « Ça fait neuf ans qu’on pense que le Rassemblement National peut être à l’origine de millions d’euros de détournement de fonds. On est content que le procès arrive enfin, on a beaucoup de sérénité », se rassure Edwige Diaz, députée RN de la 11e circonscription de Gironde et vice-présidente du parti.
Selon le dernier sondage Ifop, Marine Le Pen arriverait en tête avec près de 35 % des voix. Édouard Philippe aurait une longueur d’avance sur Gabriel Attal dans le camp présidentiel, tandis que Jean-Luc Mélenchon serait la principale tête de gauche devant François Hollande et Marine Tondelier. Une situation qui a le temps d’évoluer d’ici trois ans.
Téo Munch
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