Une rue de Bordeaux veut retrouver sa tranquillité
Les habitants de la rue Charles Puyo, au cœur du quartier des Chartrons, sont régulièrement perturbés par le passage nocturne de camions alimentant le centre E.Leclerc à proximité.
Patrick Artieda, l’un des lanceurs de la pétition, sur la route abimée de la rue Charles Puyo. (Photo TM)
La nuit a été rude. Comme toutes les précédentes, et ce depuis plusieurs années. Dans cette voie à sens unique portant le nom d’un ancien fonctionnaire municipal (1893-1945), les habitants sont réveillés presque quotidiennement entre 4h et 6h par des camions venant livrer le centre E.Leclerc, situé au bout de la rue. Une perturbation qui contraste avec la tranquillité de cette journée de dernière semaine d’été.
« Tout le monde est assez gêné, surtout que c’est en pleine nuit. Nous par exemple on a un lustre qui tremble toutes les nuits. À chaque fois, ça me réveille », s’indigne Annie Artieda au pied de sa porte. « Surtout qu’ils peuvent passer au niveau du cours Saint-Louis, ce que fait la majorité des camions. Donc il y a d’autres voies d’accès », décrit son mari, Patrick Artieda. Le couple, à l’origine d’une pétition en ligne lancée en juin avec d’autres voisins, semble préoccupé par la situation qui dure depuis longtemps.
« Ce matin, ça a fait vibrer toute la maison »
La première des nuisances est évidemment sonore, perturbant le sommeil des riverains. De l’autre côté de la voie, Charlène, qui s’apprête à rentrer chez elle, ne peut que confirmer. « Ce matin, ça a fait vibrer toute la maison. Et le problème n’est pas nouveau », raconte-t-elle avec une gaieté en opposition avec le ras-le-bol ressenti quotidiennement. Propriétaire dans cette rue depuis huit ans, cela fait autant de temps qu’elle subit le problème. Sa mère Marie, visiblement peu habituée à ces réveils brusques, acquiesce : « ce matin, je me suis réveillé avec le bruit en me disant ‘ah, c’est vrai, je ne suis pas chez moi’ ».
La rue Charles Pueyo, que les camions approvisionnant le centre E.Leclerc empruntent « quotidiennement ». (Photo TM)
À quelques maisons d’ici, Christophe* ouvre sa baie-vitrée, puis une toile avec une fermeture aimantée. « Il n’y a pas que les problèmes de circulation ici, il y a aussi les moustiques-tigres » s’amuse-t-il. Son visage se ferme peu à peu lorsqu’il évoque l’origine des ennuis. « Au début, pendant la nuit ou très tôt le matin, on avait des camions qui passaient et qui faisaient vibrer très fort la maison. On l’a ressenti dès qu’on est arrivé en 2021. On a laissé filer mais discutant avec les voisins, on s’est rendu compte que c’était une problématique qui était rencontrée par beaucoup d’habitants de la rue ».
Des fissures constatées sur les murs
Les bruits peuvent aussi être provoquée par l’état de la chaussée, composée de plusieurs trous. Christophe voit de son côté une explication aux nombreuses dégradations sur les bâtiments le long de cette rue de 200m de long et large d’à peine quatre mètres : « c’est difficile de faire un lien de causalité, mais beaucoup de façades sont fissurées ». La structure du sol, construit sur un ancien marécage, pourrait selon lui amplifier le phénomène en favorisant la propagation des ondes liées au passage de véhicules.
Pour Charlène et Marie, une des solutions pourrait être dans un premier temps de limiter à vitesse à 30 km/h, au lieu de 50 actuellement. « La vitesse est un enjeu, mais avec un camion chargé sur un sol argileux, il n’y aura pas de miracles, répond Christophe. Notre objectif principal, avant le ralentissement, c’est l’interdiction des poids lourds. Et le problème des dos d’âne est que ça accentue les vibrations, et ça fait du bruit ».
Des fissures peuvent être constatées sur les murs des habitations. (Photo TM)
Contacté, le centre E.Leclerc n’a pas souhaité émettre de commentaires. Les habitants, en relançant la pétition dans les prochaines semaines, tenteront de contacter bientôt la maire. Pour que la rue Charles Puyo retrouve sa tranquillité.
Téo Munch
*Christophe, ici un nom d’emprunt, a voulu rester anonyme.
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